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09
avr

James Bond par Mechagodzilla / 1964 - 1967 : Le roi du monde

En 1964, Broccoli et Saltzmann sont des producteurs heureux. « Docteur No » et « Bon baisers de Russie » on été de francs succès qui laissent espérer un avenir radieux pour les prochaines adaptions de Fleming.

Seulement, en producteurs avisés, Broccoli et Saltzman savent également que le public se lasse aussi vite qu’il se passionne, et qu’il va falloir à chaque fois devancer ses attentes. Il est temps pour Bond de quitter les rivages de la série B (qu’il laissera à une foule d’imitateurs plus ou moins inspirés) pour s’élancer à l’assaut du divertissement haut de gamme, quitte à faire certaines concessions.

Le pré-générique de Goldfinger donne d’emblée le ton : camouflé dans le plan d’ouverture en canard (!), Bond porte un costard impeccable sous sa tenue d’homme grenouille (!!), et fait ensuite sauter le repère d’un trafiquant de bananes parfumée à l’héroïne (!!!). Exit donc les thrillers d’espionnage, et adieu au fonctionnaire du MI-5. Les prochaines aventures de Bond seront caractérisées par une recherche presque frénétique de l’efficacité instantanée au détriment de l’atmosphère et de la vraisemblance.

Commencé par Terence Young et finalement mis en boite par Guy Hamilton (pour d’obscure raisons de signature de contrat), Goldfinger marque le début de cette course effrénée à la surenchère à tous les niveaux qui atteindra (une première fois) son apogée avec le délirant «On ne vit que deux fois» en 1967.

Le message est désormais clair : « vous êtes venus pour en prendre plein la vue, on va vous en mettre plein la vue ». Et Goldfinger tient admirablement ses promesses ; du superbe plan d’ouverture (après un générique devenu légendaire) jusqu’au plan de fin, c’est du jamais vu pour le spectateur de l’époque. Chaque situation est explosive, chaque perso inoubliable :

- ainsi Auric Goldfinger, loin d’être un simple escroc international, devient un génie du mal ne vivant que pour et par l’or (et servi par l’interprétation énorme de Gerd Froebbe)

- De même son exécuteur des basses oeuvres, Oddjob, tient plus de la machine à tuer que du simple tueur à gage

- quand il s’agira de menacer de couper Bond en deux, la sempiternelle scie circulaire sera avantageusement remplacée par un rayon laser (encore jamais vu au cinéma à l’époque)

La mallette de « bon baisers… » ayant tapé dans l’oeil des spectateurs, les gadgets ont une place plus importante. Les fans purs et durs regretteront souvent cette tendance, sans remarquer toutefois que le gadget, chez Bond, ne sert qu’à faire de façon plus élégante un truc que 007 aurait pu faire avec les moyens du bord. Le briquet/traceur que Bond utilise pour filer la Rolls de Goldfinger ne sert qu’à apporter un sang neuf à la traditionnelle scène de filature et les mitrailleuses et le siège éjectable de l’Aston Martin n’empêcherons pas Bond d’être capturé par les hommes de Goldfinger. De toute façon, Bond méprise les gadgets (chaque scène avec Q est une occasion de le rappeler) et passe son temps à les détruire.

On peut regretter le Bond de « Bons baisers de Russie », mais il n’empêche que « Goldfinger » marche admirablement bien et dépasse encore aujourd’hui de la tête et des épaules pas mal de films contemporains. La qualité de son découpage (encore Peter Hunt) et de son interprétation ainsi que le soin apporté à la production (les décors de Ken Adam en jettent) font que les quelques incohérences qui parsèment pourtant le film (pourquoi Goldfinger passe-t-il autant de temps à présenter son plan aux maffiosi pour les gazer dans la scène suivante ? a quoi sert Tilly Masterson ?) passent inaperçues et ne gâchent en rien le plaisir du spectateur.

Seul regret : le Bond des deux premiers films n’a plus sa place dans ce contexte, et Goldfinger, s’il donne encore l’occasion à Connery de se distinguer dans de bonnes scènes de tension pure (la scène du laser, le final…), marque néanmoins le début de la lente évolution de l’espion au permis de tuer vers le gentleman surdoué distributeur de bons mots et de sourires en coin.

Le public lui, en tout cas, s’en fiche, et fait un triomphe mondial à Goldfinger. Le film reste encore aujourd’hui un des plus gros (si ce n’est le plus gros) succès de la franchise et engendrera à partir de 1964 une vague d’espionnite qui balaiera tout l’occident ; tout le monde va y aller de son espion : la série B italienne (avec quelques franches réussites signées Solima, Freda ou grieco), la télévision (« les espions », « man from the UNCLE » etc…), la bande dessinée (« Nick Fury agent of shield »). L’espionnage est à la mode pour un bon bout de temps, et pour Broccoli et Saltzman, il faut battre le fer tant qu’il est chaud.

Immédiatement mis en chantier après Goldfinger (avec Terence Young de retour pour la dernière fois aux commandes), et sorti en 1965 « Opération Tonnerre » (Thunderball) ne déroge pas la règle établie par son prédécesseur : on reprend les mêmes (acteurs et techniciens) et on en rajoute ; encore plus d’action, de dépaysement, de violence… et moins de vraisemblance. L’évolution du budget sera également la même : Thunderball coûtera autant que les trois premiers Bond réunis.

C‘est peut être cette absence de limite (a la fois dans le budget et dans cette volonté d’en mettre plein la vue) qui explique la relative déception causée par le film qui, de plus, souffrira indéniablement de l’absence de Peter Hunt au montage ; « Opération Tonnerre » est un film long, trop long, alignant les péripéties avec la régularité d’un métronome.

Les enjeux restent encore palpitants (le détournement nucléaire), certaines scènes sont vraiment réussies (les bastons chorégraphiées par Bob Simmons, la poursuite pendant la parade, la mort de Fiona Volpe…), les gadgets sont comme d’habitude aussi sympa que fondamentalement inutiles, le méchant interprété par Adolfo Celli ressemble à Raffarin et pourtant, arrivé au dernier tiers du métrage, on a envie que ça finisse, malgré l’énorme baston aquatique finale généreuse en morts violentes.
« Opération Tonnerre » ressemble à un de ces plats dans lesquels on met en grande quantité tout ce qu’on aime… jusqu’à l’indigestion. Hyper ambitieux dans le domaine de l’action, le film n’ose cependant pas s’affranchir totalement de ses bases de thriller d’espionnage et parsème son intrigue de scènes d’expositions et de dialogues qu’il aurait été facile de couper.

Les choses s’arrangent heureusement avec le film suivant : « On ne vit que deux fois », qui, malgré un scénario complètement délirant, reste bien mieux construit que son prédécesseur.

Conscient du faible potentiel spectaculaire du roman de Fleming (en résumé : Après le meurtre de sa femme, Bond traverse une dépression puis part au Japon se venger de Blofeld), Broccoli et Saltzman (et le scénariste Road Dahl) n’en gardent que le lieux et le méchant (encore une fois le SPECTRE), virent tout ce qui ne convient plus (à la trappe la dépression de Bond, son apprentissage des poèmes Haïku avec Tiger Tanaka et le jardin de mort de Blofeld rempli de plantes mortelles) pour livrer un spectacle convenant plus à l’esprit pop et débridé (sans mauvais jeu de mots) des années 60.

Encore plus terrifiant que le chantage nucléaire de « Opération tonnerre », le péril à éviter est cette fois la troisième guerre mondiale, orchestrée (comme toujours) par le SPECTRE qui organise depuis le Japon le rapt de capsules spatiales américaines et soviétiques au moyen d’un vaisseau « croque-fusée ».

Il suffit de comparer « On ne vit que deux fois » à « Bons baisers de Russie » pour mesurer le chemin parcouru en 5 ans et 3 films. Le scénario ne se donne même plus la peine de maquiller ses invraisemblances et semble même s’en amuser. Le sommet du délire est atteint avec l’extravagant décors de la base secrète de Blofeld, peut-être le chef-d’oeuvre de Ken Adam, qui coûtera à lui seul autant que « James Bond contre Dr No ».

Le film passe pourtant très bien l’épreuve du temps et des visions multiples (bien mieux en tout cas que « Opération Tonnerre »), le mérite en revenant à un bien meilleur découpage (Peter Hunt revient au montage contre la promesse de réaliser le prochain Bond) et à une réalisation plus alerte du vétéran Lewis Gilbert. Conscient du tournant définitivement outrancier voire auto-parodique qu’a pris la série, Gilbert arrive toutefois à ménager quelques beaux moments de mise en scène (le plan en hélico, lors de la fuite de Bond sur les toits, le massacre final dans le volcan du SPECTRE), voire même à insuffler une tonalité très « polars japonais » au détour de certaines scènes (les déambulations nocturnes de Bond, toute la séquence suivant le meurtre de Henderson et la baston qui suit).

Bien qu’ayant l’air de moins en moins concerné par son rôle, Connery donne encore une interprétation convaincante de l’espion au permis de tuer. Il sait cependant que ce Bond sera son dernier ; entre deux films, il aura réussi à prouver qu’il était capable de jouer autre chose (« Pas de printemps pour Marnie », le grand film malade de Hitchcock, « La colline des hommes perdus » de Sidney Lumet) et en profitera pour négocier une réduction du nombre de Bond qu’il était contractuellement tenu de tourner.

Avec « On ne vit que deux fois » prend fin ce qui restera certainement la meilleure période de la série, celle où chaque film représentait du jamais vu à l’écran en matière de cinéma d’action et où Bond était l’exemple à suivre pour une foule de copieurs.

De la copie à la parodie il n’y a cependant qu’un pas, et Bond ne tardera pas à se faire gentiment railler dans certaines parodies plus ou moins réussies (« James Tont 007 ½ » avec Lando Buzzanca, « Opération Frère Cadet », avec Neil « le frère de » Connery) et Derek Flint (le fringuant James Coburn) le virera même d’une scène à grand coup de pied dans le cul tandis qu’une autre jettera avec mépris un livre des « aventures de 008 » en soulignant la débilité profonde de la chose dans « Notre homme Flint » de Daniel Mann. Le coup de grâce sera la sortie également en 1967 de l’énorme « Casino royale », vaste entreprise de démolition foutraque et délirante de l’univers Bond (j’y reviendrai).

Avec le départ de Connery, Broccoli et Saltzmann se trouvent confrontés à un double enjeu : trouver un remplaçant à un l’acteur qui sera pour toujours identifié à Bond (« Sean Connery is James Bond ») et introduire un sang neuf dans un concept qui a atteint ses limites.

09
avr

James Bond par Mechagodzilla / 1962 – 1963 : Une nouvelle race de héros

Qu’on aime ou non, il faut bien reconnaître que James Bond représente un cas unique de longévité dans l’histoire du cinéma. Le 21ème Bond est actuellement en cours de tournage et, même si on nous promet à cette occasion une énième relecture du personnage, les règles qui président à sa réalisation sont vieilles de 40 ans. (NDLord : le texte fut écrit en Mai 2006)

C’est dire la pertinence des décisions prises à l’époque par Albert « cubby » Broccoli et Harry Saltzman, deux petits producteurs d’abord concurrents dans la course à l’adaptation des romans de Fleming, mais ayant finalement décidé d’unir leurs forces dans une entreprise commune. Le James Bond cinématographique restera avant tout leur enfant.

La raison d’une telle longévité est assez simple :

- il n’y a pas 1 James Bond, mais plusieurs (et cette multiplicité n’est pas uniquement due à la variété des interprètes qui lui ont prêté leurs traits).

- James Bond n’est plus seulement un personnage, mais un véritable univers filmique, avec ses lois gravées dans le marbre et les autres, plus contournables.

James Bond sera ainsi, à travers ses 20 aventures, le reflet du talent et parfois des errements de ses créateurs (producteurs, acteurs, techniciens, scénaristes…) mais aussi le reflet de chacune des époques qu’il traversera.

Il fut cependant un temps où l’espion au permis de tuer ne se contentait pas de suivre son époque mais générait à lui seul de nouvelles tendances; les premières aventures de Bond étaient le résultat d’un véritable bouillonnement créatif, bouillonnement facilité par des producteurs eux aussi inspirés. Jusqu’à la fin des années 60, chaque film apportera quelque chose de nouveau au genre.

1962 : Doctor NO - James Bond contre Docteur No (Terence Young).
1963 : From Russia with love - Bons baisers de Russie (Terence Young)

S’il n’est pas le meilleur film de la série, « Docteur No » mérite néanmoins mieux que la condescendance qu’affichent la plupart des critiques à son égard. «Distrayant mais bancal», « pas génial mais a le mérite d’être le premier », « sauvé par Connery » sont les commentaires qui reviennent le plus souvent à son propos.

C’est oublier à quel point le film fut novateur en son temps. Pas tant dans sa mise en scène (Terence Young reste au mieux un honnête artisan), mais plutôt dans cette volonté, affichée presque comme une profession de foi, de dépeindre les aventures d’un véritable tueur, à priori pas plus sympathique que les gens qu’il pourchasse, dans un univers de violence et de paranoïa.

En 1962, peu de réalisateurs s’étaient aventurés aussi loin sur ce terrain (du moins dans le domaine du film d’action). Le héros type du film d’aventure reste à l’époque le faux coupable cher à Hitchcock, le cow-boy, le baroudeur bourru mais sympa, autant de clichés que « Docteur No » fera voler en éclat. Seul Robert Aldrich aura osé proposer en guise de « héros » un personnage de détective résolument antipathique et violent dans le mythique « Kiss me deadly » (1955).

Dès lors, on ne peut que se féliciter de ce que les tentatives d’Albert Broccoli et Harry Saltzman pour accoler une vedette au personnage de Bond aient échoué (Cary Grant s’était déclaré intéressé, mais pour un seul film). Un budget limité et l’absence de vedette devant et derrière la caméra ont généralement pour avantage de laisser les coudées franches aux gens désireux de sortir des sentiers battus et Docteur No en est la preuve parfaite.

Après un générique pop-art avant l’heure signé Maurice Binder, le film débute par deux scènes de meurtre (ceux de Strangways et sa secrétaire) aussi graphiques que violentes. Un montage hyper cut, allié à un sens évident du cadrage, en fait encore aujourd’hui de grands moments de violence froide. De même, la façon quasi-documentaire dont est ensuite décrite la mise en branle de la machinerie du contre-espionnage, débouchant finalement sur le visage de Sean Connery la clope au bec prononçant pour la première fois le mythique « Bond… James Bond », concourre à priver le spectateur des repères auxquels il était habitué jusqu’à présent. Sans compter le fait que Connery, qui maîtrise encore mal son personnage, en donne une interprétation plutôt bourrue.

Le Bond de « Docteur No » est encore un simple exécutant (au sens propre comme au figuré) dans un jeu de stratégie aux enjeux bien obscurs et qui le dépassent certainement. Très apprécié pour son efficacité (ses sorties au casino et son appartement plutôt cossu laissent supposer que ses services sont très bien rémunérés) mais suscitant parfois l’agacement de sa hiérarchie, Bond n’est pas encore le sauveur de l’humanité qu’il sera à la fin des années 60, mais un fonctionnaire au statut particulier (la fameuse licence 00) qu’il convient d’activer quand besoin est, assez proche en ça du personnage imaginé par Fleming.

Pendant la première moitié du film, le scénario du brillant Richard Maibaum plongera ainsi le pauvre spectateur dans l’univers glauque mais captivant de l’espionnage des années 60, où chaque interlocuteur est une menace tant qu’il n’a pas montré patte blanche, où des êtres humains relégués au rang de pions préfèrent se suicider ou se laisser casser un bras plutôt que de tomber au mains de l’ennemi, et où le héros (que rien ne différencie jusqu’à présent des gens qu’il pourchasse si ce n’est qu’il est mieux habillé) n’aura aucun scrupule à balancer une « concurrente » aux flics après l’avoir sautée, juste avant de vider son chargeur sur un autre espion désarmé quand ce dernier lui sera devenu inutile. Pour la morale de tout ça, passez votre chemin.

« Docteur No » ne va malheureusement pas au bout de son propos, et à partir du moment où Bond met le pied sur l’île de Crab Key, le film prend un ton nettement plus sérialesque (ton hérité du roman de Fleming, qui voit même 007 se battre avec une pieuvre géante), avec son (faux) dragon, sa poursuite dans la jungle, sa base sous-marine et son savant fou projetant la fin du monde. De même, tout en restant un tueur, le personnage de Bond s’adoucit un peu en devenant le protecteur de Honey Rider (Ursula Andress qui ne sert à rien dans l’histoire, si ce n’est à se reposer les yeux), et d’une façon plus générale, en passant du statut de chasseur (très bien habillé) à celui de proie (beaucoup moins bien habillée).

L’intrigue n’est certes pas originale (un critique mal embouché fera remarquer que Bond passe la première partie du film à essayer de rentrer dans la base du méchant, et la deuxième à essayer à en sortir), mais « Docteur No », tout en respectant encore une certaine cohérence, enchaîne les péripéties à un rythme soutenu ; même aujourd’hui, plus de 40 ans après sa sortie, il reste étonnement regardable (ce que ne peuvent pas prétendre tous les films de la série) malgré un climax un peu expédié (la faute au scénario ou à un budget limité ?). Le pauvre Docteur No méritait mieux que cette mort par noyade assez anonyme que lui inflige Bond, mais Maibaum se rattrapera par la suite.

Le succès du film, notamment en Europe, confirmera à Broccoli et Saltzman que leurs choix étaient les bons. Et c’est pratiquement la même équipe qui entamera le tournage de l’épisode suivant, avec comme objectif de montrer que le succès de « Docteur No » n’était pas dû à la chance.

En producteurs avisés et consciencieux, Broccoli et Saltzman savent que la première chose à éviter, après un gros succès, est de s’endormir sur leurs lauriers. Le Bond suivant devra proposer tout ce qui a fait le succès du précédent, en mieux, et en évitant si possible ses quelques imperfections.

C’est très certainement cette volonté qui les pousse, pour la deuxième apparition de Bond à l’écran, à adapter pour un budget deux fois plus élevé que le précédent (2 millions de dollars), ce qui reste très certainement un des meilleurs romans écrits par Ian Fleming.

« Bons baisers de Russie - le roman », est en effet un thriller solide et mouvementé, dont l’attrait principal réside dans la confrontation entre Bond et son « double maléfique », Red Grant, le tout sur fond de chasse au MacGuffin en pleine guerre froide à Istanbul. Fleming excelle à dépeindre des personnages bien barrés, tels Rosa Kleb, impitoyable chef du contre-espionnage soviétique aux moeurs déviantes et d’une laideur repoussante ou Red Grant, tueur psychopathe aux tendances sadiques.

En bon scénariste, Richard Maibaum sait reconnaître et respecter la qualité du matériau de base. Le scénario qu’il développera restera très fidèle au roman original dont il reprendra la construction presque intégralement, sa principale contribution restant la substitution du SPECTRE en lieu et place des services secrets russes, dans le rôle des méchants de service.

Les films de Bond ne donneront en effet jamais dans l’anti-communisme primaire, au contraire des romans qui s’y vautreront allègrement jusqu’au début des années 60. Le SMERSH, le terrible (et bien réel) service soviétique dédié à la mort des espions et cher à Fleming, ne sera ainsi cité qu’une seule fois à l’écran (« Tuer n’est pas jouer » 1987) et, détente oblige, le Bond cinématographique, s’il entre parfois en concurrence avec « ceux d’en face », ne sera jamais directement confronté à un ennemi agissant sur ordre direct de Moscou.

Quoiqu’il en soit, la quasi totalité de l’équipe de « Docteur No » rempile pour sa suite directe : Terence Young derrière la caméra, Peter Hunt au montage, John Barry à la musique, Maurice Binder au générique, Bob Simons aux cascades, Sean Connery, Lois Maxwell, Bernard Lee devant la caméra. La belle plante de service aura les traits de l’ex miss-Rome Daniella Bianchi. Le major Boothroyd, armurier des services secrets dans Docteur NO, devient Q, responsable des équipements « spéciaux » (les gadgets, quoi…) sous les traits de Desmond Llewelyn.

Pas question cette fois de laisser le film dévier en milieu de parcours ; du début à la fin, Bond évoluera au coeur d’une intrigue presque crédible, dans un des rares films de la série qui puisse se targuer d’être un authentique thriller d’espionnage ; l’accent est avant tout mis sur l’atmosphère, quitte à reléguer les scènes d’action pures dans la deuxième partie du film. BBDR n’est cependant jamais ennuyeux (bien au contraire) grâce à la rigueur d’un scénario où chaque scène fait avancer l’intrigue et où certains moments, même dénués d’action, restent savoureux (mention spéciale à la scène du périscope sous l’ambassade russe).

De plus, Connery tient bien mieux son personnage que dans le premier film. Bien plus à l’aise, il donne peut être là sa meilleure interprétation de l’espion au permis de tuer, notamment dans toutes les scènes qu’il partage avec le regretté Pedro Armendariz (« finalement, il n’y a que le Lektor qui vous intéresse, la fille ne compte pas… », « oui, enfin… »). Bond est encore un être humain et non la machine à distribuer les pains et les bons mots que Connery finira par quitter, lassé, en 1967 ; il commet encore des erreurs de jugement (le cadavre de sa filature soviétique, dans l’église, ne l’alerte pas, pas plus que les circonstances de la mort de Kerim Bay), se laisse parfois piéger (par Red Grant, dans l’orient express, ou Kleb, à Venise) et doit plus sa survie à la chance ou ses capacités physiques qu’à son intelligence supérieure. Tout ceci fait que le spectateur marche à fond dans l’intrigue.

Autre point sur lequel BBDR fait école : le traitement de la violence. Le film est encore aujourd’hui une référence dans le domaine, grâce à la monstrueuse baston opposant Bond à Grant dans l’orient express. Première bagarre à avoir fait l’objet d’une chorégraphie élaborée (Bob Simons en signera encore d’autres du même tonneau pour la série), dynamisée par le montage de Peter Hunt (cuts, accélérés, tout y passe), somptueusement photographiée, cette scène est encore aujourd’hui un des sommets de la série et était encore censurée lors des passages télé du film aux USA il y a quelques années. Cerise sur le gâteau, ni Sean Connery ni Robert Shaw ne sont doublés, ce qui rend la scène encore plus crédible et viscérale.

Considéré comme le meilleur des Bond par certains, « Bons baisers de Russie » reste un film important à plus d’un titre.

Il voit la mise en place définitive de tout ce qui sera la marque de fabrique de la série : l’intro avec le Bond dans le viseur, le pré générique, les génériques de Maurice Binder, le traditionnel « James Bond will return » à la fin, la chanson titre (sur le générique de fin, pour cette fois)…

Il marque aussi (déjà) la fin d’une première période. Le Bond original, proche des romans, dirons-nous, disparaît en 1963. Le fonctionnaire efficace mais encore obscur des services secrets anglais va peu à peu s’effacer au profit de la superstar de l’espionnage, plus en accord avec les aventures de plus en plus extravagantes qui l’attendent, mais aussi moins humain.

Fin du premier chapitre, mais James Bond reviendra dans un prochain décryptage.

Mechagodzilla

09
avr

James Bond : Introduction

Suite à l’énorme déception qu’est Quantum of Solace est les diverses discussions que j’ai pu avoir sur le forum de Mad Movies abordant notamment la modernité du dernier opus ou bien encore son coté vengeur et sadique, je me suis dis qu’il était peut-être bon de rafraichir la mémoire quand aux anciens épisodes bien plus moderne et passionnant que l’on ne le croit. Pour ce faire j’ai demander à mon compère Mechagodzilla l’autorisation de reproduire ici une série de texte qu’il avait consacré à l’un de ses héros fétiches. Je lui laisse donc la parole.


Bon ben voilà… vous avez sous les yeux le premier chapitre du décryptage que je me propose de faire de la série des James Bond (encore que le terme « décryptage » me semble un peu exagéré pour un Bond).

Plutôt que de compiler les fiches techniques et les anecdotes plus ou moins connues (pour ça, je vous invite à faire un tour sur IMdB, c’est une mine d’informations), j’ai essayé de replacer les films dans leur contexte, et de m’interroger sur les raisons d’un succès qui ne se dément pas depuis plus de 40 ans.

De même, plutôt que de consacrer chaque décryptage à un seul film, j’ai également préféré en regrouper certains, dans la mesure où ceux-ci semblent participer à une même tendance, ou refléter le même état d’esprit. J’ai bien conscience que ce regroupement, s’il reste chronologique, est loin d’être objectif, et qu’il en fera sûrement tiquer quelques-uns. Mais encore une fois, l’idée n’est pas d’expliquer pourquoi je préfère tel film à tel autre (quoique…) mais de voir en quoi le film en question participe d’une même dynamique, ou d’une même déchéance…

Bonne lecture en tout cas, j’attends vos commentaires et suggestions avec impatience.

Mechagodzilla